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"La rupture contre la continuité" : au Cirque d’Hiver, le numéro de Chikirou contre le PS

Au Cirque d’Hiver, la France insoumise a mis en scène sa force militante pour tenter de redonner de l’élan à la campagne parisienne de Sophia Chikirou. Entre ralliements écologistes, ligne de rupture assumée et priorité donnée au logement, le meeting visait à exister face à une gauche largement rassemblée derrière Emmanuel Grégoire, qui réduit chaque jour un peu plus l’espace politique de la candidate insoumise.

« Virée nocturne sur du Rohff, on monte sur Paris ! La province vient pimper sa life sur Paris ! » Au Cirque d’Hiver, dans le 11ᵉ arrondissement de la capitale, le tube Paris du rappeur Rohff résonne et donne le ton de la soirée ce vendredi 30 janvier. À l’intérieur, la salle se remplit peu à peu. L’ambiance est festive, militante, ponctuée de musique et d’échanges entre sympathisants. Sophia Chikirou, la candidate insoumise, doit y tenir dans quelques instants son grand meeting de campagne. À l’extérieur, la tension se fait entendre sans jamais dégénérer. Aux abords de la salle, des militantes et militants du collectif « Nous vivrons » se rassemblent et scandent leur hostilité à la candidate : « Chikirou, on te voit, ta haine des Juifs ne passera pas ! ». Les slogans fusent, mais aucun heurt n’est à déplorer. Devant l’entrée, la file d’attente du meeting s’étire. Les sympathisants et militants insoumis attendent, calmes et silencieux. Même lorsqu’un journaliste du média Frontières, jamais avare de provocations, vient tendre son micro à la recherche de réactions, les rangs restent stoïques.

Initialement prévu dans la ménagerie du Cirque d’Hiver, le meeting a été déplacé dans la grande salle, l’organisation anticipant une affluence plus importante. Si les gradins ne sont pas pleins, les équipes revendiquent 1 500 participants. Le public, composite, mêle jeunes et moins jeunes, profils issus des catégories favorisées comme des quartiers plus populaires. Aux premiers rangs, de part et d’autre de la scène, un groupe attire l’attention avec ses pancartes « Les jeunes avec Sophia ». Parmi eux, Pierre et Riki, 20 et 24 ans, au look branché et soigné — étudiant en mode pour l’un, ingénieure pour l’autre — croient fermement aux chances de Sophia Chikirou de conquérir l’Hôtel de Ville, tout en jugeant que la politique menée par les socialistes « ne va pas assez loin dans la rupture ». Un peu plus haut, au-dessus de la tribune de presse, Laurence, 67 ans, économiste et militante insoumise depuis neuf ans, suit la soirée avec lucidité. Peu illusionnée sur une victoire finale, elle mise sur un score élevé dans la capitale et assume : « J’aurai beaucoup de mal à voter socialiste, même face à Dati », espérant avant tout un maintien de la candidate insoumise au second tour. Dans les travées du Cirque d’Hiver, le programme de campagne du Nouveau Paris populaire, 170 pages, est vendu 5 euros.

Premier moment fort de la soirée, la France insoumise met en avant ce qu’elle présente comme son coup politique de la semaine : le ralliement de deux conseillers écologistes parisiens, Émile Meunier, président de la commission urbanisme, et Jérôme Gleizes, vice-président du groupe écologiste au Conseil de Paris. Accueillis comme des invités de marque, presque attendus comme le messie, les deux élus prennent la parole tour à tour, une dizaine de minutes chacun, pour expliquer leur choix et préciser leur engagement. Émile Meunier se montre prudent, laissant ouverte la perspective d’une alliance de second tour avec la liste d’Emmanuel Grégoire. Une ouverture stratégique qui n’entame pas l’enthousiasme du camp insoumis. Dans son discours, Sophia Chikirou prend soin de saluer ses nouveaux soutiens, qualifiés comme « la crème des écologistes ».

À la tribune, Manuel Bompard ne tarde pas à cibler son principal adversaire de la soirée : Emmanuel Grégoire, tête de liste d’une union de la gauche allant de L’Après à Place publique. Sous le regard de Jean-Luc Mélenchon, resté dans les gradins, le coordinateur national de la France insoumise entre rapidement dans l’attaque. « J’ai entendu en début de semaine monsieur Grégoire dire sur un plateau de télévision : “Il y a des accointances entre Chikirou et Dati, tout le monde le sait”. Alors, j’ai mené l’enquête », ironise-t-il. À ses yeux, la démonstration tient en un fait politique : le Parti socialiste n’a pas soutenu la censure du gouvernement auquel appartient Rachida Dati. Une séquence aussitôt exploitée par la France insoumise. Manuel Bompard élargit ensuite son propos, reliant volontairement le national aux municipales. Il fustige un « budget Dati, Grégoire, Bournazel », détaille les mesures d’austérité qu’il contient et oppose deux lignes politiques. L’une, incarnée par Sophia Chikirou, revendique l’affrontement avec le pouvoir en place ; l’autre, celle d’Emmanuel Grégoire, est présentée comme une béquille du macronisme. La salle applaudit, le message est passé.

Le moment venu, le député de Marseille cède la place à la tête d’affiche de la soirée : Sophia Chikirou. Face à une brève interruption provoquée par quelques militants du collectif « Nous vivrons », parvenus à s’introduire dans la salle, la députée parisienne reste impassible et reprend son discours sans se départir de son calme. Elle aussi concentre l’essentiel de ses attaques sur son adversaire à gauche, Emmanuel Grégoire, davantage que sur la candidate de droite Rachida Dati. Le bilan de la majorité socialiste à la tête de la capitale depuis 2001 est méthodiquement passé au crible, accusé d’avoir installé une continuité politique dont elle entend rompre les fondements.

C’est sur la question du logement que Sophia Chikirou s’attarde le plus longuement. Elle décrit une situation qui, selon elle, « ne relève pas d’une crise conjoncturelle mais d’un déséquilibre structurel, construit depuis vingt-cinq ans », soit la durée cumulée des mandats de la majorité PS-PCF-Verts sortante. « Il n’y a pas de pénurie de logements à Paris », insiste-t-elle, mais un système de spéculation entretenu par les pouvoirs publics, nationaux comme municipaux, où la rareté serait organisée. Pour étayer son propos, la députée aligne les chiffres : 270 000 logements vacants, 90 000 dédiés à la location touristique et 1,3 million de mètres carrés de bureaux inoccupés. « Ce ne sont pas les mètres carrés qui manquent », martèle-t-elle.

En réponse, la candidate insoumise promet de recourir à « tous les moyens légaux », sans exclure « la désobéissance civile », pour encadrer, contrôler et réquisitionner. Elle propose notamment la création d’une régie publique de gestion locative, chargée de conventionner des logements privés : la Ville financerait leur rénovation — en particulier thermique — en échange de loyers garantis mais plafonnés. Sur le logement public, la France insoumise ne se contente pas d’un gel des loyers et des charges. L’objectif affiché est une baisse nette. « Le bon prix, c’est entre 4 et 6 euros le mètre carré », avance Sophia Chikirou, alors que le loyer moyen hors charges frôle aujourd’hui les 9 euros selon l’INSEE. Une promesse ambitieuse, accueillie par de longs applaudissements dans la salle.

Plus qu’une démonstration programmatique, la soirée aura surtout cherché à redonner une couleur et un cap à la campagne parisienne de la France insoumise. Les thèmes identitaires et internationaux ont largement structuré le meeting, de l’antiracisme aux violences policières, largement applaudi.

Une séquence fidèle à la ligne du mouvement, mais qui souligne aussi la difficulté à élargir au-delà de son socle. Dans une ville où Jean-Luc Mélenchon avait frôlé les 30 % des suffrages en 2022, un score à un chiffre serait, pour la France insoumise, synonyme d’échec. Or, dans une configuration où Emmanuel Grégoire occupe désormais une large part de l’espace à gauche, notamment après le ralliement d’anciens insoumis, Sophia Chikirou reste à l’équilibre dans les sondages, créditée de 11 %, à peine au-dessus du seuil de maintien. Il faudra désormais vérifier si l’intensité des applaudissements sait encore se convertir en bulletins de vote.

Lire l’article sur le site de Marianne

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